Zulu , magicien des formes, troubadour des temps modernes.

Ndiakhate est bien loin, paisiblement étendu sur la plaine du Cayoor. Sa terre ocre, ses immenses baobabs, semblent défier le temps. Le temps des rois et des princes, des griots et des troubadours. Le chant inassouvi des savanes, la voix sacrée des reines-mères, la grandeur d'un peuple....

La peinture de zulu prend ses racines dans ce monde fantastique où la pureté des formes se dispute la magie des couleurs. Sans prétention, sans mimétisme, sans mensonge.

Hors des chantiers de l'académisme, loin du maniérisme puéril, zulu trace une ligne franche entre un héritage sublime et une vision terrible de la vie.

Je me rappelle mes 15 ans.
J'allais tous les midis chez Pierre LODS, haut lieu de l'art pur où se cotoyaient plusieurs générations. Je me souviens des grands débats autour d'une toile sous l'oeil vif, sans condescendance, de celui qui fut le créateur de l'école de Dakar.
Son élève préféré était zulu .

Je revois encore le jeune peintre, baissé sur ses encres de Chine, traçant des lignes pures, invoquant les esprits et les dieux, les démons et les saints.

Je me rappelle encore cette ambiance paroissiale, imbibée d'une philosophie où la peinture était une perpétuelle quête, une aventure de soi dans le labyrinthe des formes.

Je revois encore les lignes majestueuses, tracées dans la mémoire, comme un miroir fidèle.

Je me souviens encore des nuits hystériques, dans les ruelles de Thiès, quand zulu arrivait de la capitale, se ressourcer dans sa sainte terre de Cayoor et repartir le lendemain, la tête pleine des images de son enfance.

Je me rappelle la passion extrême d'un artiste entier qui fuyait toujours les chemins du déjà vu, déjà connu, déjà exploré.

La quête de zulu est aussi douleur et peine, larmes et rires.

Poète des couleurs et des formes et poète tout court, zulu traverse sa génération comme un albatros, le pinceau prompt à cueillir le premier sentiment, le sentiment primaire, l'instinct primitif.

Son art est inscrit dans la beauté absolue.... Et, comme la beauté est accidentelle, zulu parcourt les chemins de l'art comme un troubadour effréné qui pose sa besace, le temps de l'ouvrir et de la refermer pour poursuivre son chemin.

« Je peins sur le modèle de Dieu » répète-t-il à qui veut l'entendre.

Modèle insaisissable, furtif, immatériel, zulu cherche comme une sorte d'ascèse, un liant avec un dieu dont il s'approche à chaque coup de pinceau.

Je me rappelle son errance dans Paris des lumières et des ombres noires, Amsterdam et ses démons, Berlin et ses angoisse...
Je me souviens des nuits interminables où zulu réinventait le monde pour l'adoucir de ses couleurs ou l'écorcher de ses formes comme pour en faire une alchimie dont lui seul a le secret.
Je revois encore ses longs silences picturaux, ponctués d'errances douloureuses durant lesquelles il sondait son âme pour en ressortir une sève vivante, trempée de vérité et de violence.

Et, quand s'élèvent les voix divines, inscrites dans les xasaaides, zulu trempe ses pinceaux dans les rites baays faal, explore la cosmogonie de l'Egypte et étale sa verve sur les rives vierges de l'héritage de l'homme noir.

Nègre avant la lettre, zulu échappe, de loin, à toute classification de l'art tel que défini dans les traités et encyclopédie.

A-t-on vu une peinture comme sortie d'un rêve, des formes qui épousent les contours du monde céleste ?

Peut-on imaginer un art sans référence autre que celle de son âme.

zulu réussit le pari de réconcilier l'homme noir avec son propre héritage. La quête du beau et du sublime, du dit et du non-dit, du sacre et du paganisme, des ombres et de la lumière, la lumière d'un enfant du Cayoor sur le sable étalé d'une forêt de savoir.
Absa.

Salzbourg, 11 décembre 1997.